Prix Région Sud Design : Emma Faury–Graziani

La pratique d’Emma Faury–Graziani se déploie au coeur d’un territoire : en dialogue avec la matière qui compose son sol, les réseaux d’artisans qui la travaillent, les industries qui y produisent. Diplômée en design de l’École supérieure d’art et de design de Saint-Étienne, c’est d’abord en Auvergne-Rhône-Alpes qu’elle ancre son travail qui s’axe sur la réutilisation des rebuts de production — des déchets — tels que la sciure de bois et le carton. À l’instar d’une nouvelle génération de designers qui interroge le futur d’une profession historiquement liée à une industrie qui produit toujours trop, Emma Faury–Graziani cherche à valoriser ce qui n’a plus de valeur avec une approche située. Sa pratique du design, telle qu’elle l’expose à Art-o-Rama, embrasse le trajet complet du matériau : du « déchet » à la recherche sur son réemploi et les biomatériaux, de l’expérimentation jusqu’au développement d’un objet fini.
 

Dans le travail d’Emma Faury–Graziani, c’est la matière qui détermine le concept, et non l’inverse. Sa recherche sur les biomatériaux — c’est-à-dire des matériaux composés d’éléments organiques et donc biodégradables — illustre bien cette interaction entre la transparence de la matière, sa souplesse et sa texture qui doivent être interprétées à l’aune de sa précarité. Le procédé de design qu’elle déploie est intégral, au sens où les qualités physiques, écologiques et esthétiques d’un matériau ne peuvent être considérées isolées les unes des autres — et qu’elle investit chaque étape de ce processus de création. Le guéridon qu’elle expose à Marseille, issu d’une ligne complète sans clou ni vis et entièrement démontable incluant une bibliothèque déjà réalisée et une table basse en cours de développement, fait la part belle au concept d’esthétique japonaise du wabi-sabi, qu’on pourrait traduire succinctement par la beauté de l’imperfection. La Collection WSI développée en collaboration avec l’ébéniste Paul Hoffmann se distingue également par la réutilisation de ses propres déchets. La designer récupère la sciure de bois générée lors de la production et la mélange à de la jesmonite — un liant écologique et non toxique, composé de gypse et d’une résine acrylique — de manière à ne laisser aucun déchet à l’issue du processus de fabrication, créant un objet « circulaire au sens strict, où la matière qui le compose vient de sa propre fabrication ». La designer recherche à la fois la permanence d’un objet de haute facture et la « légèreté » écologique d’un objet qui se viendrait se dissoudre une fois plongé dans la mer. Un objet issu de la nature, puis rendu à la nature sans la dégrader.
 

Ancrée depuis quelques mois à peine à Marseille, Emma Faury–Graziani redéploie sa pratique pour épouser un nouveau territoire dont elle est originaire, interrogeant les prochains « déchets » qui dicteront ses recherches à venir : des briqueteries aux algues, en passant par les savonneries. Il y a dans les objets d’Emma Faury–Graziani une gracieuse tension à l’image des enjeux du design contemporain : la recherche d’un équilibre impossible entre le futur et l’éphémère.
 

Justinien Tribillon


Emma Faury-Graziani est une designer d’objets, diplômée de l’École supérieure d’Art et de Design de Saint-Étienne. Elle fonde en 2024 son studio de design et de recherche où elle développe une pratique centrée sur l’expérimentation des matériaux et des processus de fabrication.

 

Sa démarche s’articule autour de la recherche en biomatériaux, qu’elle explore à travers une approche expérimentale et située. En collaborant avec des entreprises et des artisans, elle transforme des rebuts en matériaux biosourcés, tout en cherchant à faire perdurer des savoir-faire existants et à entrer en dialogue avec les réalités productives des territoires. Elle conçoit des objets et des matériaux pensés comme des supports de récits et d’imaginaires, interrogeant les liens entre ressources, usages et territoire.

 

En 2025, elle co-fonde le collectif presque pas designers, dédié à la création d’expositions et à la valorisation des pratiques émergentes. Finaliste du concours CINNA 2025 avec le tabouret issu de la collection WSI, elle poursuit une recherche à la croisée de l’objet, des matériaux et des gestes de fabrication.

https://www.instagram.com/emma_faurygraziani/

 

 

Emma Faury--Graziani

R_02, 2024/en cours
Expérimentations couleurs,
Recherche et développement de matière, autour de la jesmonite et de la sciure de bois.
100 x 100 x 20 mm
Courtesy of the designer

Emma Faury--Graziani

Collection WSI, 2025
Collection autour des concepts de Wabi, Sabi et Iki
Sciure de bois, jesmonite, chêne
Dimensions variables
Courtesy of the designer

Emma Faury--Graziani

Gueridon, 2024
sciure de bois et de liant 100% naturelles et biodégradables
340 x 340 x 380 mm
Courtesy of the designer

Emma Faury--Graziani

WSI_001, 2025
Sciure de bois, jesmonite, chêne
520 x 520 x 470 mm
©Jean-Baptiste Million
Courtesy of the designer