Projet associé – l’atelier des artistes en exil, Marseille/Paris
Abderrahmane Cheref, Tamara Abou Alwan (Galactic Unicorn), Tahereh Fallahzadeh
Victimes de guerres et de discriminations raciales, ethnicistes, sexuelles, genrées, religieuses, économiques ou politiques, chaque jour, davantage d’êtres humains sont poussés hors de chez eux. Parmi ces personnes déplacées se trouvent des artistes, souvent en lutte de longue date avec les autorités de leur pays. Parce que le rôle de l’art est de dire et montrer ce qui dérange, de faire entendre la voix des opprimé·e·s, l’Europe créative doit être particulièrement vigilante à l’égard des artistes et mettre en place des structures d’accueil appropriées. L’artiste doit pouvoir continuer à exercer son art, en tant qu’individu mais aussi en tant que dépositaire d’une culture. C’est à travers l’art que la culture d’un peuple en péril peut continuer à se perpétuer.
L’atelier des artistes en exil (aa-e) se donne pour mission d’identifier des artistes en exil de toutes origines, toutes disciplines confondues, de les accompagner en fonction de leur situation et de leurs besoins, de leur offrir des espaces de travail et de les mettre en relation avec les réseaux professionnels (français et européen), afin de leur procurer les moyens d’éprouver leur pratique et de se restructurer. L’atelier des artistes en exil répond à des demandes de programmation et développe ses propres événements, dont les « Party en exil » et le festival pluridisciplinaire, Visions d’exil, en co-construction avec des lieux partenaires.
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Abderrahmane Cheref convoque dans son travail l’imaginaire de la mer, comme espace de métamorphoses. Dans Between two banks, « entre deux rives », la mer devient un seuil entre deux lieux, deux cultures ou deux mondes. Elle est le lieu d’une traversée, réelle et intérieure, où s’opère une recomposition du vivant et de l’identité.
Ses recherches en peinture se prolongent dans une installation autour de l’œuf de raie, capsule de kératine qui protège l’embryon avant de devenir une capsule vide. Cette forme organique, qui conserve la trace d’une présence, interroge ce qui est en devenir. Son travail construit un langage nourri par les relations entre nature et fiction, inspirées du vivant et de ses transformations.
Tamara Abou Alwan développe une pratique multidisciplinaire nourrie par la psychologie de Carl Jung, les philosophies spirituelles et le mysticisme. À travers la vidéo, la performance et le dessin sur des fragments de carton, elle interroge la mémoire collective des minorités ethniques et religieuses persécutées.
Conçu comme une archive en constante évolution, Cardboard Dreams s’ancre dans l’actualité du Moyen-Orient et revendique une forme de résistance pacifique par l’art. Son univers se construit à la croisée de la mythologie et de l’ésotérisme. La création devient un moyen de transformer l’expérience de la violence et de résister à la disparition.
Tahereh Fallahzadeh pratique la photographie argentique. C’est au cours de ses promenades qu’elle capture la matière première de ses œuvres. Dans la série Light on my skin, ce sont les environs de son lieu de résidence à Soisy-sur-École qui l’inspire.
La prise de photos est considérée comme une première performance. La seconde performance se produit dans la chambre noire, où Tahereh Fallahzadeh développe ses négatifs puis réalise des tirages expérimentaux à l’aide d’objets divers, notamment pris sur le lieu de la photo, et de techniques variées : double exposition, photogramme, dessin avec la chimie…
Les interventions de l’artiste sur les photos sont guidées par ce que l’environnement lui évoque. Elle l’exprime à travers son propre vocabulaire artistique, empreint d’un symbolisme lié à la liberté retrouvée après son départ d’Iran. Chaque tirage est une pièce unique.