Turbulences

Enrique Ramirez, Pablo Helguera, Daphné Hérétakis, Elise Florenty et Marcel Türkowsky

Une proposition de Pascale Cassagnau (CNAP) et Josée Gensollen (La Fabrique, Marseille)

Présentation et projection au Grand Plateau, samedi 27 août 2022 à partir de 14h30

Reprise et nouvelle présentation à partir 17h00

Entrée libre

 

Les œuvres ici rassemblées par Pascale Cassagnau et Josée Gensollen dessinent autant de paysages morcelés d’un monde en crise, de temps turbulents et d’inquiétantes réalités, sous la forme de films qui évoquent des crises climatiques, des séditions sociales et politiques, célébrant la valeur émancipatrice de l’art.

 

Pacifico (2015)

Himno (2015)

El Muro (2020)

Cruzar un muro (2012)

Ucum-Leu (2022)

D’Enrique Ramirez

 

Chipilo (2008)

De Pablo Helguera

 

Ici, Rien (2011)

De Daphné Hérétakis

 

Don’t Rush (2020)

D’Elise Florenty et de Marcel Türkowsky, collection du CNAP


Enrique Ramirez

1979, Santiago de Chili, vit à Paris et Santiago de Chili

 

Après des études de cinéma et de musique populaire au Chili, Enrique Ramirez rejoint Le Fresnoy – Studio national des arts contemporains où il aura plus tard une rétrospective. Son travail est exposé au Palais de Tokyo, au Centre Pompidou, à la Collection Pinault, et à l’occasion de plusieurs expositions internationales dont la biennale de Venise de 2017. L’artiste brouille les frontières entre vidéo, photographie, texte, musique et objet. La mer est le site ultime de l’instabilité, domaine de mémoire en perpétuel mouvement, espace de projections narratives ou le destin du Chili se croise avec les grands récits de voyage, de conquêtes et de flux migratoires.

 

Pacifico, 2015

2’28, vidéo HD, couleur, boucle sonore

 

Pacifico livre une vision sublime de l’océan, filmé depuis une falaise d’Antofagasta au nord du Chili. L’océan y apparait comme un organisme vivant, puissant, impénétrable, mais derrière sa beauté époustouflante et ses mouvements hypnotiques, cet océan enferme des centaines de corps que le général Pinochet a fait disparaitre, jetés à la mer depuis des hélicoptères, parfois encore vivants, lestés par des rails de chemin de fer. « La mer est une mémoire mais au Chili un tombeau ».

 

Himno, 2015

3’02, vidéo HD, couleur, son stéréo

 

Un enfant qui gagne sa vie en jouant de la trompette dans les rues, entonne maladroitement l’hymne national mais ici des étudiants de Puebla chantant en chœur ont changé des mots par vérité, justice, réparation. Ces paroles en N’AHUATI étaient criées par les gens dans les rues après le meurtre de 43 normalistas.

 

El Muro, 2020

7’07, vidéo HD, couleur, son, 2 moniteurs convertis en monocanal

 

Sur un écran l’artiste a mis en scène 70 croix qui flottent à la surface de la mer. Sur l’autre écran une manifestation sociale en 2019, soulèvement réclamant une nouvelle constitution. Des femmes se relaient sur la place Italia au centre de Santiago et tapent sur les murs pour revendiquer leurs droits mais aussi, 40 ans après, certaines d’entre elles demandent justice pour leurs enfants disparus pendant la dictature militaire.

 

Cruzar un muro, 2012

5’43, vidéo, couleur, son, sous-titres en version française

 

Cruzar un muro est un film, inspiré du 13ème article de la Déclaration universelle des droits de l’homme, dans lequel est affirmé (que) « toute personne a le droit de quitter n’importe quel pays, y compris le sien, et de retourner dans son pays ». Dans ce film, la salle d’attente d’une fonction publique d’immigration, située « quelques parts », est le scénario qui fait converger toutes les aspirations humaines de notre temps. L’attente, la conviction, le désir et le droit de chacun de rêver, de voyager, de traverser, de circuler et de séjourner à l’intérieur des frontières de chaque État ou de revenir dans son pays d’origine. Tout cela étant représenté métaphoriquement dans un scénario de fiction et réalité.

 

Ucum-Leu, 2022

9’28, vidéo HD, son

 

Dans le film Cruzar un muro en 2012, la scène finale se passait sur un radeau sur le lac Ucum-Leu (là où la rivière se termine et les eaux se rejoignent) et soulevait les problèmes d’immigration ; mais ce lac est aussi un symbole écologique et environnemental pour le Chili. Entre les années 1950 et 2010 les pluies ont diminuées de moitié. En 2011 la lagune s’étendait sur 12 km2 et avait 6 mètres de profondeur. En 2018 la lagune disparait. L’afflux de touristes, l’utilisation de l’eau pour les cultures d’avocats et le réchauffement climatique sont à l’origine d’une sècheresse. Pour l’artiste ce drame écologique est aussi l’atteinte aux images de son enfance. Situé à 1h30 de Santiago c’était le lieu de l’apprentissage de la nage, de la liberté. Mais aussi pour son père, fabriquant de voiles de bateau, le lieu le plus proche de la mer où il testait les voiles au vent.


Pablo Helguerra

1971, Mexico City

 

Après ses études et un emploi au musée d’art de Chicago, il rejoint le département d’éducation des publics au Guggenheim New York durant 8 ans, puis le MOMA comme directeur du programme pour adultes et pour les universitaires jusqu’en 2020. Aujourd‘hui il enseigne au College of Performing Arts de la New School University à New York. Pablo Helguerra est un artiste pluridisciplinaire connu pour ses performances socialement engagées.

 

Chipilo, 2008

15’, noir et blanc, son

 

Chipilo est un documentaire basé sur l’histoire d’une ville située à proximité de Pueblo au Mexique. Vers 1880 le gouvernement de Porfirio Paz cherche à peupler certaines régions de terres mexicaines avec des immigrants européens catholiques, fantasmant que ces arrivants enrichiraient la culture et l’économie de la région. Mais dans cette ville, une micro-communauté garda ses traditions et une langue disparue sans connaitre au fil du temps son pays d’origine.


Daphné Hérétakis

 

Daphné Hérétakis a fait des études de cinéma à l’Université de Paris 8 Saint-Denis ainsi qu’au Fresnoy, studio national des arts contemporains. Elle réalise des films entre le documentaire et la fiction et s’intéresse au rapport entre l’intime et le collectif et/ou le politique, comme dans « Ici rien » (2011), « Archipels, granites dénudés » (2014), « Au revoir » (2016) et « Les Algues dans tes cheveux » (2016). En ce moment, elle prépare un long-métrage intitulé « On s’embrasse dans des discothèques sombres et je t’explique » qui a participé au Sundance Mediterranean Screenwriters Lab, LIM Less is more (Groupe Ouest), programme Émergence, et qui a reçu le prix Initiative Films Development Award au Thessaloniki International Film Festival.

 

Ici, Rien, 2011

29’, couleur, son

 

« Un tournage commencé en septembre 2008, à Exarchia, haut-lieu de la contestation athénienne. Pendant mes aller-retours Paris-Athènes jusqu’en avril 2011, la situation politique de la Grèce n’a cessé d’évoluer. Le film est devenu la toile sur laquelle les témoignages se sont finalement posés, composant ainsi le paysage morcelé d’un pays en crise. » écrit la cinéaste. Son film est un journal filmé qui fabrique une archive au présent.


Elise Florenty, Marcel Türkowsky

 

Don’t Rush, 2020

53’, couleur, son, collection du CNAP

 

Don’t Rush constitue une sorte de projet sonore mettant l’espace radiophonique en perspective. Le film nous invite à prendre d’écouter l’émission du personnage principal Giannis dédiée à la forme musicale historique du Rebetiko, musique née dans les banlieue pauvres d’Athènes dans les années 10, composée par des exilés grecs revenus de Turquie. Dans cette chambre d’écoute, à partir de laquelle Giannis commente les chants, il y a plusieurs autres personnages qui dorment, qui fument du haschich. La trame sonore est le fil continu composé de chants, de musique, et de voix. Le film brumeux est fait d’éclats d’images, d’ombres, de reflets. Les chants du Rebetiko historique, faits de la narration de formes clandestines de résistance, sont le reflet de la situation de la Grèce contemporaine.

Enrique Ramirez, Pacifico, 2015