2016

Pact, Paris

Dorian Gaudin, Manuel Scano Larrazàbal

Gaies et bizarres, bruyantes et silencieuses, devant lesquelles on peut rire, s’énerver ou songer, les œuvres présentées par Manuel Scano Larrazàbal, Dorian Gaudin, Martin Kersels et Zoe Barcza prolongent sans en avoir ni l’intention ni la conscience, l’aventure Dada, tout en revêtant deux dénominateurs communs : la machine et la réflexion.

Tandis que Martin Kersels déconstruit progressivement un intérieur domestique, Zoe Barcza s’interroge sur l’industrie de la fécondation, Dorian Gaudin construit à la manière des plaques tectoniques, et Manuel Scano Larrazàbal se donne l’opportunité de créer une oeuvre à marseille à travers une installation éphémère. Reflet de leur temps, ces œuvres brouillent toutes les pistes entre travail d’artiste, travail d’ingénieur et travail profane. Ironiques pour certaines, contestataires pour d’autres, ou simplement poétiques, ces différentes formes d’expression artistique traduisent toutes des questionnements actuels : la société a-t elle conscience de son auto-destructivité et de sa fragilité ? L’être humain a-t-il oublié la brièveté de son existence et l’inéluctabilité de son sort ? La machine va-t-elle enterrer l’Homme ?

Tandis que la machine à dessiner de Manuel Scano Larrazàbal, fragile et éphémère que l’on pourrait aussi qualifier de Méta-Tinguely, s’efforce trait après trait, avec délicatesse et gracilité, d’élaborer une œuvre sur papier, la vidéo de Martin Kersels donne à voir une pièce meublée – revêtant tous les aspects propres à un habitat moderne- qui tourne en rond, allant inexorablement, avec la régularité d’un métronome, jusqu’à sa complète démolition. Battant la même mesure, la première est une machine à créer, la seconde une machine àdétruire ; et les deux s’équilibrent et se répondent ironiquement par leurs actions antagonistes. Pendant ce temps, Dorian Gaudin confronte la machine à son utilité, lui donnant dans le cadre de ses installations, un mouvement la rendant apte à chercher inlassablement – avec ou sans libre arbitre- la fonction pour laquelle elle a été créée, ou le sens de ce qu’elle représente. À l’instar des plaques tectoniques qui se confrontent et créent les montagnes par collision, les sculptures murales présentées à Art-O-Rama sont le résultat d’une restriction de l’espace imposée par l’artiste à la matière, qui se contorsionne, composant ainsi un paysage imaginaire coloré doué de son propre langage. La sculpture choisit son nom comme elle choisit sa place dans le monde, se targuant de représenter tantôt un avion tantôt un poisson.

Zoe Barcza propose une étagère métallique, présentoir quelconque ou accessoire de rangement, sur laquelle quelques spermatozoïdes quasi-fossilisés s’offrent en spectacle en attendant patiemment d’être sélectionnés, comme on choisirait d’adopter un chien abandonné dans un refuge ou un orphelin sur catalogue. Avec humour, l’artiste tourne ainsi en dérision la machine à reproduire et (faire ?) décliner l’Homme, tout comme elle donne à réfléchir aux dérives d’un nouveau business fécond, où homme et femme n’ont plus à se rencontrer ni le spermatozoïde à parcourir le dédale de l’antre féminin pour donner la vie. Terroristes, provocatrices, iconoclastes, refusant toute contrainte idéologique, morale ou artistique, ces œuvres prônent la spontanéité et tentent, par l’énergie qu’elles dégagent, d’être des outils expressifs qui questionnent.

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