mueve (galería ), Lima
Katherinne Fiedler, Neyra Pérez
Une rivière n’est jamais seulement de l’eau, c’est une force qui façonne le territoire avant de devenir une image intemporelle et assimilable. Autour d’elle s’organisent le travail, l’extraction et la cité, tout en portant des formes de mémoire et de croyance. Neyra Pérez et Katherinne Fiedler sont partis de cette dynamique: non pas comme un motif, mais comme un système de relations constamment reconfiguré.
Dans la pratique de Neyra Pérez, ancrée dans les traditions Iskonawa (Amazonie péruvienne), la rivière opère au sein d’un continuum où le corps, la forêt et les esprits se lient à travers la boue et la teinture, où les courants complètent le processus. Le travail est fait avec la rivière conjointement.
Fiedler, elle, trace un autre système. Ses recherches sur la Bièvre cartographient le passage depuis la géographie vivante jusqu’aux infrastructures. La rivière alimente l’industrie, structure la croissance urbaine et devient fonctionnelle. Plus tard enfouie, elle persiste comme un système caché. Le cuir, les tuyaux et les chaînes dans son travail témoignent de ce changement: le flux est contenu et invisibilisé.
Entre ces visions, la rivière apparaît comme un site où se croisent la cosmologie, l’économie et le contrôle. Autour du rio Callería (Ucayali, Pérou), il reste intégré dans un système holistique tout en étant exposé à l’extraction. À Paris, elle est instrumentalisée et dissimulée. À travers ces œuvres, le paysage n’est jamais neutre. La rivière transporte, érode et réorganise les relations.