FUGA Gallery, Barcelone
Valentina Alvarado Matos, Agustina Fioretti
CONTRE LA GRAMMAIRE DE L’HORIZON
Ce stand réunit deux artistes latino-américaines installées à Barcelone: Agustina Fioretti, originaire d’Argentine, et Valentina Alvarado Matos, originaire du Venezuela. Leurs pratiques se rejoignent à travers la diaspora, la mer et les systèmes hérités qui nous ont appris à interpréter la distance, le territoire, les corps et l’origine.
Ici, l’horizon n’est pas neutre. Il apparait comme une grammaire coloniale: une ligne qui ordonne la vision, le voyage, la connaissance et la possession. Les fragments de céramique de Valentina Alvarado Matos, issus de no termina de aorillarse, résistent à cet ordre par une logique de singularité, où chaque pièce appartient à une constellation sans renoncer à sa différence. Dans el mar peinó la orilla, l’artiste trace l’horizon atlantique du doigt, transformant la pellicule analogique en une contre-image et un geste de réaffectation. Les caissons lumineux voisins, réalisés à partir de découpes physiques de pellicule représentant une flore exotisée, interrogent davantage sur qui enregistre le Sud global, qui le consomme et qui autorise sa visibilité.
Devant cet horizon mouvant, la plaque en céramique d’Agustina Fioretti, issue de Cruzando la línea, évoque les rituels de franchissement de l’équateur lors des voyages transatlantiques, où Neptune, la masculinité, les stéréotypes et l’initiation apparaissent comme des fictions coloniales instables. Sa tige de fer traverse l’image d’Alvarado Matos, interrompant matériellement l’horizon auquel elle fait face.
Les textes en relief aveugle de Fioretti et les œuvres de Bayos negros dormidos prolongent cette perturbation à travers des chants, des amulettes, du crin de cheval, des plumes, des gants et des matériaux de construction qui deviennent des êtres hybrides échappant à toute taxonomie. Ensemble, les deux artistes remettent en cause les classifications héritées et imaginent des formes de mémoire, de matière et d’appartenance qui franchissent la ligne sans s’y soumettre.