Prix Région Sud Design : Manon Garcia del Barrio
La voile de bateau qui domine l’installation de Manon Garcia del Barrio pour Art-o-Rama constitue une entrée en matière idéale pour appréhender la pratique de cette designer versatile. Produite lors d’une résidence à Lagos au Nigeria, Passages Tissés (2022) est composée de jacinthe d’eau — plante « envahissante » originaire du Brésil et omniprésente dans la lagune africaine à cause du réchauffement climatique, de sacs de riz qui servent à la composition des voiles des pêcheurs locaux, et de polyester, le tout réalisé avec des techniques de tissage traditionnel nigérian apprises auprès d’artisans locaux.
Diplômée en design textile de la Haute École des Arts du Rhin de Mulhouse, puis en métiers de la mode et du textile de l’Université d’Aix-Marseille, Manon Garcia del Barrio tisse une pratique complexe, faisant la part belle à la recherche textile tout en développant une véritable diversité dans les formats et les matériaux qu’elle emploie. Si la designer s’inspire des traditions artisanales et manufacturières, elle ne tombe jamais ni dans la nostalgie ni dans le conservatisme. On retrouve cette dialectique entre tradition et innovation dans Passages Tissés, qui combine des techniques de tissage vernaculaires et une recherche iconoclaste sur les matériaux, et dans nombre de ses oeuvres. Si Manon Garcia del Barrio s’ancre dans l’histoire, inspirée par le temps long et les gestes lents du tissage domestique et préindustriel, c’est pour mieux travailler l’avenir. Des boutis provençaux — travail de piquage et broderie utilisé notamment dans la matelasserie — aux techniques d’étanchéité utilisées pour construire les barques des pêcheurs marseillais de l’âge de bronze (projet Gyptis de l’Université Aix-Marseille et du CNRS) et qui lui inspirèrent la pièce Rencontres Lacydoniennes exposée au Musée d’Histoire de Marseille, la designer résolument inscrite dans son territoire s’inspire d’un « terroir » textile avec ouverture, curiosité et créativité. À l’instar de la ville de Marseille, la culture de la mer est omniprésente dans le travail de la designer et tisserande, dont l’un des loisirs est de voguer sur des barquettes marseillaises.
Elle travaille les techniques maritimes de sellerie, de tissage, de noeuds, l’architecture navale, mais aussi les produits de la mer et ses « habitants » : des perles dorées de rocaille aux coquillages de nacre, qu’elle intègre dans ses textiles. Manon Garcia del Barrio multiplie les collaborations avec des artistes céramistes comme La Fille de Tipaza ou l’ébéniste Arthur Milles rencontré·e·s dans le cadre du processus créatif collaboratif Les Partisan·e·s porté par Caroline Pelleti Victor, qui est aussi à l’origine du projet Vaisseaux et de la création de l’urne funéraire Diurne (2025, en collaboration avec l’ébéniste Jérémy Aymard). Son attachement à la transmission et sa recherche de l’innovation se traduisent non seulement dans ses créations mais aussi dans les enseignements et les ateliers pour tous les âges et tous les publics qu’elle donne tout au long de l’année, démontrant une nouvelle fois l’ouverture vers l’autre et la passion à partager sa riche pratique du design.
Justinien Tribillon
Manon Garcia del Barrio vit et travaille à Marseille, France.
Son travail se nourrit de l’anthropologie textile et elle a à cœur de mettre en lumière l’histoire des techniques artisanales et sa diversité. Elle crée des objets poétiques, ancrés dans un lieu, qui utilisent des matériaux locaux ou issus du recyclage. Dans son approche, le processus de fabrication et la rencontre qu’elle provoque sont aussi importants que l’œuvre elle-même.
Manon explore les réactions de la matière: chercher, concevoir et tisser des objets uniques aux aspects étonnants. Elle associe notamment le coton et le cuivre, le lin et le bois pour créer des objets textile émouvants; ils sont le témoignage d’un lieu, d’une culture, un moyen de rassembler autour d’un geste. C’est un voyage initiatique au travers de la matière.
Elle s’intéresse à la navigation comme sujet d’étude pour questionner notre rapport au temps, à la liberté, et l’utilisation des ressources.
Diplômée de la Haute École des Arts du Rhin (HEAR) et de l’Université d’Aix-Marseille, Manon a travaillé avec le LUMA Arles, le Musée d’Histoire de Marseille et réalisé une résidence avec l’ambassade de France au Nigéria.
https://www.instagram.com/manon.garciadelbarrio/