Prix Région Sud Design : Andrea Moreno

La première action qu’effectue la céramiste Andrea Moreno lorsqu’elle arrive à son atelier marseillais, c’est de fouiller la poubelle. Elle y retrouve ses propres rebuts : pièces brisées, sculptures imparfaites, cuissons défectueuses, débris de terre, résidus d’émaux jetés là sans égard en attendant l’inspiration d’un jour où l’esprit sera différent. L’idée d’échec ou de ratés ne semble pas faire partir du vocabulaire de l’artiste et designer vénézuélienne. Bien sûr, elle conçoit ses objets, elle les imagine, les anticipe et travaille la terre et les émaux avec toute la technicité qu’elle a acquise au fil des années de pratique, mais aussi en formation à la Maison de la Céramique de Dieulefit (région Auvergne-Rhône-Alpes).
 

Mais ce qui finit à la poubelle un jour finira au menu le lendemain, car « l’erreur » n’est qu’un état temporaire, en attente de réutilisation. Sa pratique est inspirée de ce qu’elle appelle « l’ingéniosité vénézuélienne » ou encore le « glamour débrouillard » de son pays de naissance, une capacité à construire et réparer l’existant, avec intelligence et résilience. Formée en illustration à l’université de Kingston de Londres (Royaume-Uni), l’originaire de Caracas (Venezuela) réoriente progressivement sa pratique vers le design, la sculpture et spécifiquement la céramique. Elle déménage à Marseille où ses sculptures se font vite remarquer par les contrastes de couleurs et de textures qu’elle développe, les techniques de collage qu’elle mobilise, et une production où se mêlent l’utilitaire et le symbolique.
 

L’assemblage et le « zéro déchet » sont au coeur de son approche : des fragments « d’objets passés » renaissent en nouvelles formes unies par la refonte et le concassage, entre autres techniques. Le point de départ de ses objets, sculptures et installations est toujours un souvenir précis, dont les éléments qu’elle magnifie deviennent « porteurs de la mémoire ». Ainsi, l’installation qu’elle présente à Art-o-Rama est inspirée de l’estar vénézuélien, un salon qui n’est pas utilisé au quotidien, où les objets les plus extravagants du foyer attendent les visites les plus importantes, protégés sous des housses et des bâches en plastique. Son approche se veut populaire et accessible, et les pièces qu’elle produit vont du bougeoir à l’installation sculpturale comme le Tita (2024), hamac composé d’une centaine de pièces et exposé par le 19M au Mucem, ou Carmen Laryssa (2025) qui rend hommage à sa tante posant son éternelle chaise en plastique face à la mer des Caraïbes, une bière à la main.
 

On retrouve l’association de la puissance, de l’humour et de l’humilité dans les créations d’Andrea Moreno. Ainsi, cette étagère de douche équipée de brosses à dents en céramique et qui peut se lire comme une nature morte, où la présence humaine est suggérée, où les objets semblent habités. Les créations de la designer et artiste Andrea Moreno sont ambivalentes, variées, et échappent à une catégorisation trop hâtive. Elle qui apprécie être surprise par l’interaction de la matière avec la puissance du four qui monte à 1250 degrés, nous offre une pratique de bricolage hautement technique et à forte puissance artistique — sans jamais négliger ni ses origines, ni son sens de l’humour.
 

Justinien Tribillon


Née à Caracas, Andrea Moreno a grandi en observant la ville depuis les embouteillages. Cette enfance vénézuélienne et l’expérience de la migration structurent encore aujourd’hui sa manière de regarder le monde et de fabriquer des objets.

 

Formée à Dieulefit en 2022, son approche du design découle directement de sa pratique sculpturale : un travail d’assemblage, d’équilibre et d’expérimentation où l’objet devient une extension de la sculpture dans un contexte quotidien.

 

Elle s’inspire de l’ingéniosité vénézuélienne — cette capacité à réparer et construire avec ce qui est disponible, qu’elle nomme un « glamour débrouillard » — se traduisant dans ses objets par des constructions improvisées aux équilibres fragiles, presque miraculeux.

 

Son processus s’appuie sur une logique proche du zéro déchet. En céramique, elle considère les restes de l’atelier — rebuts de terre, résidus d’émaux, pièces cassées — comme une matière première qu’elle concasse, refond et intègre à de nouvelles formes. Des fragments d’objets passés deviennent ainsi la structure d’objets nouveaux : bougeoirs, vases, tables, volumes fonctionnels ou pièces expérimentales. Chaque objet porte les traces de ces strates, comme une archive matérielle de l’atelier.

 

Lauréate du Prix d’argent Jeune Céramiste Européen (Saint-Quentin-la-Poterie, 2023), elle a exposé notamment à Nendo Galerie à Marseille, à Volume Céramique à Paris, ainsi qu’à Art-o-rama, au Salon Céramique 14 à Paris et à la Galerie du 19M à Marseille et Dakar.

https://www.instagram.com/holaandreamoreno/

 

 

Andrea Moreno

Ensemble de bougeoirs à trois bougies, 2023
Grès, émail, déchets d'émail
© Photo: Marion Ellena
Courtesy of the designer

Andrea Moreno


© Photo: Marion Ellena
Courtesy of the designer

Andrea Moreno

© Photo: Marion Ellena
Courtesy of the designer

Andrea Moreno

© Photo: Marion Ellena
Courtesy of the designer