SPIRITVESSEL, Espinavessa

Paulina Semkowicz

ASHES prolonge la série d’espaces atmosphériques de Paulina Semkowicz, qui proposent des scénarios potentiels pour des actions imaginées. Dans ce nouveau geste — où la peinture acquiert une dimension sculpturale — l’artiste crée une présence omnisciente qui domine un habitat de pigments en coulure, fonctionnant simultanément comme fond et comme figure. Le titre devient à la fois métaphore et référence matérielle : à l’image de la cendre volcanique, le pigment se disperse, se dépose et s’accumule, formant des surfaces qui évoquent des traces du temps et un mouvement suspendu. ASHES évoque l’éruption du mont Vésuve, qui a enseveli la ville de Pompéi sous des couches de roche et de pierre ponce. Paradoxalement, cette matière de destruction a également permis de préserver fresques, objets et empreintes de corps humains, figeant un moment de vie dans la cendre durcie.

 

La proposition de Semkowicz prend pour point de départ l’atmosphère d’un site archéologique imaginé — un environnement où le temps apparaît stratifié plutôt que linéaire, et où les traces d’une présence passée émergent à travers fragments, surfaces et vides. De tels sites portent une tension particulière entre révélation et dissimulation : ce qui est mis au jour reste toujours partiel, entouré de ce qui demeure enfoui ou perdu. La cendre volcanique qui a recouvert Pompéi incarne cette dualité, dissimulant tout en protégeant ce qu’elle recouvre, transformant la catastrophe en un geste inattendu de conservation.

 

L’œuvre aborde l’excavation non comme une reconstruction historique, mais comme un champ sensoriel — où textures, ombres et résidus suggèrent la persistance d’une présence humaine sans en dévoiler pleinement le récit. Les couches de pigment font écho aux dépôts stratifiés de téphra : des accumulations qui dissimulent, protègent et révèlent à parts égales. Poursuivant son exploration de la peinture comme médium spatial et scénographique, Semkowicz conçoit une série d’œuvres qui évoquent les qualités tactiles et atmosphériques d’environnements exhumés. Les surfaces apparaissent stratifiées, érodées ou en train d’émerger, rappelant des murs révélés après des siècles sous terre ou les traces minérales laissées par le temps et la pression. S’appuyant sur son expérience en peinture de décor, l’artiste construit des images qui fonctionnent comme des scènes potentielles — des espaces où une action semble avoir déjà eu lieu ou être sur le point de se produire.

 

Dans le contexte du stand de foire, l’installation fonctionne comme un champ discret de découverte : un paysage de fragments où absence, empreinte et suggestion d’acteurs disparus composent un scénario dans lequel un ensemble de nouvelles peintures devient le principal vecteur de sens.

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