2025

Showroom Art : Juliette George, Lauréate du Prix Région Sud Art 2025

Juliette George

“There is a possibility of a literature that is beyond print and paper, and probably this is where I hope to be.”

– Dominique Gonzalez-Foerster – TH 2058

 

« Là où ça sent la merde ça sent l’être. »

– Antonin Artaud – La recherche de la fécalité (1948)

 

« bide, raté, fiasco, flop ou four, achopper, avorter, capoter, craquer, crouler, s’écrouler, s’effondrer, faire long feu, tomber à plat. – Familier : faire chou blanc, faire fiasco, faire un flop, finir en eau de boudin, louper, rater, tomber à l’eau, tomber dans le lac. – Populaire : finir en couille, merder, partir en couille. »

– Dictionnaire des synonymes.

 

Foire, foirade, foiré, échouer… Avec Feria & Foria, Juliette George nous invite à la suivre dans une dérive littéraire menée dans les méandres de la notion d’échec. Un sujet inspiré par une suite d’associations de mots et quelques coïncidences que n’aurait pas boudées Raymond Hains et ses Macintoshages. Aux aguets, attentive aux signes, Juliette George a d’abord puisé avec méthode dans son expérience immédiate de jeune artiste, invitée pour la première fois à présenter son travail dans le cadre d’une « foire » (feria), pour naviguer, de rocher en écueil, vers la peur de « foirer » (foria) et finir par s’échouer — Eurêka ! — sur la vaste et insondable question de l’« échec ».

 

Ainsi, de « foire » — manifestation commerciale périodique — à « échec » — résultat négatif d’une tentative, d’une entreprise — en passant par « foirer » — évacuer des excréments liquides ; mal fonctionner, rater, échouer lamentablement — la messe était dite : son «show-room » serait foireux.

 

Dès lors, c’est avec l’enthousiasme de celle qui a une bonne nouvelle à annoncer que Juliette George s’est mise en quête de son sujet, demandant aux membres d’un réseau informel et complice de lui donner la référence d’un livre qui, selon eux, traite de l’échec. Histoire du déclin et de la chute de l’empire romain, Moby Dick, Bréviaire des vaincus, L’Œuvre au noir, Les Météores… Une première poignée d’ouvrages émerge de cette recherche, autant de balises précieuses dans cette cartographie de l’incertain, qui deviendront le socle d’une installation in situ, rigoureuse et minimale.

 

Trois niveaux de sol, renvoyant aux trois degrés d’un podium de victoire, courent sur toute la largeur du stand de quatre mètres par quatre que lui a attribué Artorama. Couverts d’une moquette brune, ils forment une sorte d’assise. Une bibliographie, inscrite au crayon de la main même de l’artiste sur une simple feuille de papier A4 bleutée, est punaisée au mur. À peu près à l’aplomb, une pile de livres est posée sur la moquette. Dans un coin, la présence d’un gratte-dos au sens indéfini rappelle qu’une forme littéraire est peut-être possible « par-delà l’encre et le papier » et invite le visiteur dubitatif à prendre place sur ce vaisseau pour méditer sur ses propres échecs, mais également sur ceux, collectifs et bien plus inquiétants, qui semblent mener notre monde à la catastrophe — car « avoir la foire, c’est aussi avoir peur ».

 

Yasmine d’O. Berlin, August 2025

 

@juliette_george_

 

 

Juliette George, vue de stand du Showroom Art, Art-o-rama 2025

© Margot Montigny