2025

Showroom Art : Ix Dartayre

Ix Dartayre

« Une triperie, deux pierres

Trois fleurs, un oiseau

Vingt-deux fossoyeurs, un amour

Le raton laveur, une madame untel

Un citron, un pain

Un grand rayon de soleil

Une lame de fond, un pantalon

Une porte avec son paillasson »

— Jacques Prévert, Inventaire (extrait)

 

« Mnémosyne propose avant tout un inventaire des préfigurations antiques ayant contribué, à l’époque de la Renaissance, à forger le style de la représentation de la vie en mouvement.»

— Aby Warburg dans une introduction à son Atlas.

 

En 2021, Ix Dartayre reconstitue sa chambre dans les sous-sols d’une école d’art, pour en faire le site et le décor de dispositifs relationnels qui dureront près de deux semaines. Fermée au plus grand nombre, la chambre fut d’abord le théâtre de situations partagées, qui permirent à l’artiste « de rassembler des corps qui comptent, puis de réfléchir à comment déposer leurs images, comment les restituer, les rejouer ou les activer ». Elle fut finalement ouverte et exposée, laissant le regard du public révéler une installation foisonnante peuplée des histoires et des êtres indissociables qui y étaient désormais attachés.

 

Dans l’installation Somewhere We Knew, spécialement agencée pour Art-o-rama, l’artiste rejoue le motif de la chambre, à la manière d’une chambre-inventaire cette fois, dans laquelle est rassemblée une variété d’objets intimes, de cadres et de bibelots souvent personnalisés par l’association d’une ou plusieurs photographies. « C’est un espace domestique fictif, poreux, traversé de récits, d’objets, d’images et de traces. A la fois scène et refuge, ouvert et enveloppant, je l’imagine comme un espace que le visiteur peut autant observer de l’extérieur (comme un décor) que traverser (comme un espace à explorer, à habiter) » nous dit Ix Dartayre.

 

Ainsi, cette chambre, s’inscrit dans une longue tradition de la chambre comme « miroir de l’âme », telle qu’initiée par Jean des Esseintes dans À rebours de Huysmans, et qui connut un développement sans précédent, sous une forme beaucoup plus « pop », chez les adolescent·e·s. de l’Amérique des banlieues d’après-guerre. Elle est aujourd’hui cet espace quasi sacré, le plus souvent barré d’une porte, situé au fond des couloirs des appartements et des maisons d’une large partie du monde ayant embrassé le « way of life » occidental. Un « lieu de refuge, convergence du style et de l’intime, portfolio du soi », souligne Clara Defaux. Ainsi, comme sur les planches de l’Atlas de Warburg, les styles et les formes s’entrechoquent sur les murs et les sols de ces espaces biographiques, où se projettent autant d’identités que de personnes qui y vivent.

 

Si l’inventaire de Warburg tente d’esquisser une « représentation de la vie en mouvement », celui de la chambre d’Ix Dartayre nous rappelle que le soi comme les œuvres ne peuvent s’inventer — au double sens d’être imaginés et d’être découverts — qu’en présence, réelle ou imaginaire, de l’autre et de son regard.

 

Yasmine d’O. Berlin, août 2025

 

@xdartayre

 

 

 

Ix Dartayre, vue de stand du Showroom Art, Art-o-rama 2025

© Margot Montigny