Galerie

Sophie Tappeiner, Vienne

Sophie Thun

Sophie Thun

Rain on pane (2018)
photographie analogique couleur
158 x 138 cm.
courtesy of the artist and Sophie Tappeiner.

Sophie Thun

Contact (Release) (2018)
analogue colour photography and photogram
77,5 x 62 cm (framed) 
courtesy of the artist and Sophie Tappeiner.

Traitant des enjeux de la construction de soi dans l’espace discordant de la représentation,  les interventions photographiques multicouches de Sophie Thun compliquent la relation entre l’espace pictural imaginaire de l’image et l’espace réel du spectateur. En révélant les lieux, mécanismes et performances inhérents à la production de l’image, Thun rompt avec son illusion continue, documentant de manière sincère la performance de sa construction. Les images, tout comme les auto-représentations, ne sont pas des représentations objectives de la réalité mais des procédés trompeurs, superposés et mis en scène, qui se développent avec le temps.

Utilisant dans son travail, souvent in situ, les effets de mise en abyme et de trompe l’œil, l’artiste se représente dans l’acte de se prendre en photo. Sa posture est ferme et large. Dans sa main, elle tient le déclencheur de l’appareil photo lui permettant d’habiter le rôle de l’artiste, du producteur et du performer. Pointant la caméra sur elle-même, Thun attire l’attention sur la violence de l’appareil photo, une « sublimation de l’arme à feu » tel que Susan Sontag l’a écrit, et sur la violence du regard qu’il génère.

Dans ses photogrammes, on distingue les empreintes laissées par le corps de l’artiste dans la chambre noire, ce deuxième et autrement invisible lieu de (re)production. Utilisant un agrandisseur sur rail horizontal pour la projection de négatifs 8x10", Thun presse son corps contre le papier non développé le temps de l’exposition, empêchant ainsi la lumière d’atteindre la surface. La présence du corps de l’artiste crée une absence dans l’image, une absence en lien avec l’incapacité de capturer le corps humain sur une surface bi-dimensionnelle. Même dans ce transfert direct,  l’empreinte ou le photogramme échoue dans la représentation du vivant, du pouls et du ressenti du corps. Seule une marque reste.