Galerie

Madragoa, Lisbonne

Adrián Balseca

Adrián Balseca

The Skin of Labour, 2016
Film de 16mm en noir et blanc
9’00”
Courtesy Madragoa, Lisbonne

Pour sa deuxième participation consécutive, la galerie lisboate Madragoa présente un solo show de l’artiste Adrián Balseca (il habite et travaille à Quito, en Equateur).

Adrián Balseca s’intéresse à l’élaboration d’une stratégie de représentation, de narration et/ou d’interaction visant à souligner les spécificités culturelles d’un lieu. De cette manière, il explore les relations et les tensions entre le monde industriel et le monde artisanal, ce qui témoigne d’une vraie fascination pour les processus historiques ainsi que la configuration des matériaux utilisés pour la production de biens manufacturés. Adrián Balsera aime à modifier la composition des objets du quotidien, de certaines lois civiles qu’il transforme en autant de formes matérielles, et d’expériences juridiques. Son travail consiste principalement en des interventions in situ de petite ou grande échelle et des documentaires vidéo. Il s’inspire des économies émergentes, de la nature et de la mémoire sociale.

Dans The Skin of Labour, l’artiste reconstitue un paysage incertain en représentant une plantation de caoutchouc dans l’Amazonie équatorienne. Les réservoirs de récupération de latex ont pris la forme d’une main ressemblant à un gant - une présence fantasmagorique qui incarne le dialogue social historique dans la région. Le projet, qui consiste en un film 16mm et des photographies et objets, s’intéresse aux valeurs fondamentales mises en évidence par l’exploitation de la nature par l’homme et rejète la question de l’impact de la mécanisation du travail. L’artiste choisit d’interpréter l’héritage actuel de cet extractivisme continu sur un territoire tel que l’Amazonie, indispensable à la vie, qu’il compare à une peau qui protège et qui est aussi un exemple de la fragilité de l’écosystème.

Le géographe et mathématicien Charles Marie de La Condamine fut le premier occidental à être témoin des diverses utilisations du latex par les populations indigènes dans l’Equateur contemporain et le premier à ramener un échantillon de caoutchouc en Europe. Ce territoire où La Condamine a fait ces découvertes, est le même où s’est plus tard opéré un processus d’extraction impitoyable et violent, notamment à l’époque de la "fièvre du caoutchouc" entre 1879 et 1912. Cette période est directement liée à la seconde révolution industrielle, durant laquelle de très grandes quantités de matières premières étaient nécessaires. On est passé aujourd’hui de l’exploitation des Hévéas du Brésil au forage du sol pour l’extraction du pétrole, passant d’une extraction végétale effectuée à la main à une extraction fossile réalisée avec des machines. Cette évolution dans le processus d’extraction a été intégrée au projet par l’utilisation de caoutchouc butyle pour les "gants", un latex synthétique fait à base de produits dérivés du pétrole, soulevant ainsi la question des diverses utilisations du territoire, des transformations du paysage, et de l’avenir incertain des communautés locales isolées. L’œuvre rend compte de l’écart gigantesque qui existe entre notre imaginaire collectif, où l’Amazonie est le symbole ultime de la nature idyllique, et notre volonté systématique de conquête et d’exploitation de ce territoire, dans un monde où la force de production et le dialogue social sont reconfigurés et au bord de l’urbanisation planétaire.