SHOW-ROOM 2010

Boris Chouvellon

Il y a dans la vidéo Sans Titre (2007) une dimension proprement roborative : un homme tond la "pelouse" au milieu d'une zone urbanisée mais visiblement oubliée des grands projets de développements de la ville où se situe l'action, sorte de vision prototypale du terrain vague.
L'absurde de la situation n'est pas en soi suffisant pour le tirer vers un burlesque à la Pierrick Sorin, tout simplement parce que le scénario ne débouche sur aucune "chute" libératrice. L'action se referme sur elle-même et se place résolument du côté de chez Beckett et d'un ennui qu'aucune lueur d'espoir ne vient éclairer. Sauf qu'à l'intérieur de cette boucle vient se glisser l'ébauche d'une réponse à l'oppression manifeste des lieux et de leur désolation : une espèce de résistance "passive" provenant de l'incongruité même de l'entreprise. Tondre "une pelouse" virtuelle au beau milieu d'une zone désolée, c'est chercher à se réapproprier des lieux en leur imposant un geste chargé de significations domestiques et c'est aussi vouloir leur redonner une "urbanité" perdue.

On retrouve cette propension à vouloir repoétiser les lieux dans cette autre vidéo, tournée sur le même genre de zone suburbaine aux contours indistincts, RN 201 (terrain vagues) (2005) dont il a capté l'extraordinaire présence d'une bâche de maraîcher posée sur une plantation de salades, ondulant au hasard des bourrasques qui s'engouffrent sous le plastique et créent de manière purement métaphorique des vagues en plein terrain vague…
Cette même inquiétude par rapport à un enchantement perdu, on la retrouve aussi dans ce projet de compilation de toutes ces stations balnéaires au nom célèbre, qui, juxtaposées et traitées toutes sous le même angle de vue suffisent à créer de la lassitude et de la banalité là où on est supposé avoir affaire à du pittoresque. Mais peut être que le pittoresque n'est que l'autre nom du kitsch paysager de la côte française de Port-Grimaud à Villeneuve-Loubet.
Boris Chouvellon prend à rebours nos certitudes et inverse les valeurs communément admises à propos de l'inhumain supposé être l'apanage des lieux laissés à l'écart des grands courants d'esthétisation balnéaire ou urbaine.

Dans une autre de ses pièces, The Small illusions (2008), il inverse le regard portée sur ce symbole de réussite sportive à la petite semaine, le trophée, par ailleurs source de réjouissances familiales ou adolescentes, par le simple geste de leur empilement, formant de la sorte de véritables piliers de soutènement qui échappent à leur destinée ritualiste pour accéder au statut de colonne, statut autrement plus glorieux qui nous renvoie à toute une filiation de la pure verticalité en sculpture, de Brancusi à Gitte Schäfer en passant par Gérard Collin-Thiébaut.

Patrice Joly « Sisyphe en herbe » in Catalogue du Salon de Montrouge 2009, Février 2009