SHOW-ROOM 2009

Pierre Beloüin

(...) Le travail de Pierre Beloüin s'inscrit dans cette niche constituée par les artistes qui ont tout appris ou presque de l'expérience musicale. Mais ce n'est pas seulement parce que son avatar d'artiste le plus connu est L'homme orchestre, ni parce qu'il s'occupe depuis 10 ans maintenant du label Optical Sound (!), ni même parce qu'il est entré dans l'art par la musique, travaillant d'emblée à la frontière du visuel et du sonore. C'est surtout parce que son travail et ses activités sont ancrées dans la culture underground, historiquement liée d'ailleurs à la musique.

Underground. Ce terme a été largement galvaudé, au point qu'on en oublie la réalité culturelle à laquelle il faisait référence, celle d'individus ou de collectifs artistiques exigeants, volontairement en marge de la dominante pop. Pierre Beloüin perpétue à sa manière cette histoire spécifique de l'art du XXe siècle. En connaisseur et fan, il multiplie les hommages. OS.002 regroupait déjà, en 2000, un ensemble de morceaux composés pour la Dreamachine. S'ajoutent à Gysin et Burroughs, au choix, le fétichisme 1950s, le psychobilly, l'érotisme 1970s, la musique industrielle et la cold wave, les séries B ou l'univers des freaks. Il y a donc les chicissimmes et sportives Austin Healey de Str Crsh, l'exotica de L'homme orchestre V.2, les pin-ups et Milky Woman, sortie tout droit, avec ses attributs, d'un film de Russ Meyer ou d'une peinture de Mel Ramos. Et lorsque dans Awan-Siguawini-Spemki (2006), il explore la ville d'Alma (Canada) et ses environs, pour en livrer des vignettes photographiques et sonores, on ne peut pas s'empêcher de penser à David Lynch passant au crible visuel et psychologique la démente ville de Twin Peaks et ses habitants non moins déments. (...)

Jill Gasparina in catalogue de l'exposition Persistance is All, Éditeur : FRAC Provence Alpes Côte d'Azur, 2008