SHOW-ROOM 2016

Clémentine Roche
Clémentine Roche

Des petits pigeons, 2016
Vidéo, 1’45
Projection au format 4 x 5m
5 exemplaires
Courtesy de l'artiste

Clémentine Roche

Mirador, 2015
Photographie
Tirage jet d’encre sur papier fin
70 x 100cm
15 examplaires
Courtesy de l'artiste

Clémentine Roche

Mirador, 2015
Photographie
Tirage jet d’encre sur papier fin
70 x 100cm
15 examplaires
Courtesy de l'artiste

 

Clémentine Roche présente une série d’œuvres qui sont le fruit d’une comparaison avec l’expérience de vie d’un homme – P. -  vivant délibérément reclus dans son appartement en ville comme stratégie d’autoprotection et de défense face à la réalité extérieure. Roche a rendu visite plusieurs fois à cet homme (un proche de sa famille) et a enquêté sur son rapport au monde, fait de crainte et d’isolement, conséquence d’un malaise psychique irréversible. Cette histoire est pour l’artiste une occasion de comparaison avec une marginalité pouvant être observée de près et transformée en une expérience d’observation participative, faite de dialogue et de proximité.

Roche s’est ainsi appropriée de certains instruments d’observation de l’univers extérieur de P., comme par exemple l’utilisation de la chambre noire, pour la production de nombreuses images de contrôle de ce qui se passe au-delà des fenêtres de l’appartement. C’est le cas de Mirador III, projection vidéo qui reproduit une image en chambre noire du panorama urbain devant l’immeuble. L’artiste a ensuite édité un livre contenant 500 photos noir et blanc (Mirador II) prises par P. et sélectionnée par elle d’une archive d’environ 800 photos. Celles-ci représentent des détails de la vie défilant devant les fenêtres de l’appartement de P., des adultes, des jeunes et des enfants se promenant à travers des lieux urbains anonymes. À l’instar de prises de vue uniques d’un film dispersé et non plus recomposable, chaque prise semble faire partie d’un récit plus grand, dont l’histoire et le déroulement fuit néanmoins à la compréhension du spectateur.

Ainsi Mirador est un développement complexe d’introspection psychologique d’une personne, un projet qui en sonde les paranoïas, les manies, les peurs pour parler de la condition humaine. Dans ce projet, la perception du monde est constamment filtrée par un diaphragme claustrophobique protecteur qui transmet une sensation de menace potentielle et d’alarme pour chaque détail de la vie réelle. Dans cette œuvre, Roche ne recherche pas tellement une identification émotive avec son objet d’analyse mais elle maintient un plan analytique froid et rationnel, centré sur le rapport d’investigation entre réalité extérieure et perception subjective. Quelle connaissance de la réalité extérieure est-elle possible ? En existe-t-il une objectivité à priori ? Combien cette perception du réel est-elle influencée par les subjectivités et par ses interprétations ? Au final, Mirador révèle ainsi les paradoxes de la subjectivité, en se traduisant en une narration raréfiée et proche de l’abstraction qui instruit un répertoire d’analyses similaire à celui des enquêtes forensiques.

Texte de Luigi Fassi