ARTISTE INVITÉ 2016

Rafaela Lopez
Rafaela Lopez

Trivial BBQ, 2014-2015
En collaboration avec Baptiste Masson et Virginie Diner
Sculpture Barbecue, repas, édition
Production Flat Time House and Royal College of Art
Courtesy de l'artiste

Rafaela Lopez

Etat d’âme, State of the Mind, 2015
Film numérique
18 min
Production Royal College of Art, with the support of Bosse & Baum
Courtesy de l'artiste

Rafaela Lopez

Sculpture Synchronisée, 2014
performance en collaboration avec Georgia René-Worms
production Villa Arson, Olympic Nice Natation, HEAD-Geneva, avec le soutien de la Ville de Nice
Courtesy Rafaela Lopez

Rafaela Lopez

Pigeons (L'habit ne fait pas le moine), 2012
peinture acrylique sur sculptures seconde-mains en bois
dimensions variables
production Villa Arson
Courtesy Rafaela Lopez et une collection privée

Le travail de Rafaela Lopez (Paris, 1988) se déploie entre sculpture, vidéo et projets collaboratifs. La désinvolture avec laquelle elle aborde ces pratiques lui permet d’engendrer un processus d’humanisation grâce auquel elle traite les sculptures - protagonistes d’oeuvres vidéo, actions, projets collaboratifs ou objets - comme des personnages réels. Les sculptures ont une vie sociale : elles participent à une compétition en piscine avec des nageuses de natation synchronisée (Sculpture Synchronisée, 2014), elles animent un musée archéologique (Les dieux des thermes, 2013), elles sont les invitées spéciales d’un barbecue festif (Trivial BBQ, 2015), elles parlent d’elles-même (Etat d’âme, State of the Mind, 2015) ou peuvent être muettes, brillant de mille feux, objet
de désir que tous veulent posséder. Bijoux de famille (pierre non roulante) (2013) est une fausse pierre de papier mâché dans laquelle sont encastrées une quantité excessive de quincailleries ayant appartenues aux membres d’une famille en tant que summa de leurs attachements. Pour Lopez, les vrais objets sentimentaux, ceux en mesure d’obtenir le statut de sculpture noble malgré leur facture médiocre, ne sont plus seulement représentés par des objets artisanaux de cultures traditionnelles, mais également par des objets ordinaires de la vie quotidienne moderne et de la consommation de masse.

Dans le film Etat d’âme, State of the Mind (2015) l’artiste représente une mise en abîme du processus : ce sont les sculptures elles-mêmes qui réfléchissent sur l’art et son existence. Les protagonistes du film sont un groupe de sculptures en train de naître matériellement et conceptuellement. Dès la lecture du titre, constitué par la version française et anglaise qui s’utilisent communément pour dire dans leur langue respective la même chose mais qui ont une signification ontologiquement différente, on perçoit que le principe de variabilité représente l’essence métaphysique de l’oeuvre. La variation linguistique et de sens est soutenue par le choix stylistique d’utiliser la structure du reality show – en unissant documentaire, fiction et logo en forme de huit, symbole de l’infini, en signe d’équilibre – qui permet à l’artiste de projeter le spectateur dans un vrai format télé, une fiction de la
sculpture, et de faire ainsi cohabiter les deux états de l’art :
état romantique et état analytique. La notion de variabilité, c’est-à-dire l’attitude de l’art et de l’artiste à se manifester de diverses façons, ou selon différents modes, envahit ainsi toute sa production tel un phénomène atmosphérique (Été Indien, 2014) ou migratoire (Voyage, voyage, 2013), comme une sorte de « bricolage » méthodologique où peuvent se rencontrer et se combiner différentes stratégies de recherches, typique des cultural studies.

Texte de Veronica Valentini

Rafaela Lopez • collection ART-O-RAMA • août 2016