SHOW-ROOM 2015

Lorraine Châteaux
Lorraine Châteaux

Samsung, 2014
aluminium et impression laser sur papier adhésif transparent
Courtesy Lorraine Châteaux

Lorraine Châteaux

Abacus, 2012
bois
Courtesy Lorraine Châteaux

Lorraine Châteaux

Vue de l'exposition "Des corps compétents" (novembre 2013 - janvier 2014)
Courtesy Lorraine Châteaux

L’artiste Lorraine Châteaux (Paris, 1986) a vécu vingt ans dans les bâtiments sociaux en forme d’étoile à Ivry-sur-Seine (Paris) conçus dans les années 1970 par les architectes Jean Renaudie et Renée Gailhoustet. De cette expérience, elle indique l’inadaptabilité du mobilier intérieur comme l’élément fondateur de sa sensibilité à repenser la relation avec les objets environnants.
De cette inaptitude des formes, l’artiste développe une passion anthropologique pour les objets qui se traduit par une recherche libre et sans finalité à la fois sur les objets contemporains et les objets hérités du modernisme. Des sculptures telles que l’abaque (Abacus, 2012), le panier de basket (Sans titre, 2012), le baby-foot (Pain complet, 2010-2012), les plaquettes téléphoniques en porcelaine (Cowri, 2013) ou l’étagère de Sottsas (Rotolo di Primavera, 2014) sont des oeuvres dont l’artiste, en s’appuyant sur la vitalité des formes et les dynamiques productives capables de déclencher, altère le statut fonctionnel de l’objet ou leur fabrication manuelle ou industrielle. Parfois artificielles, d’autres readymade ou unreadymade* (marchandises de production de masse), l’artiste s’applique à renverser les catégories d’appartenance, de signification et de destination d’emploi de ses sculptures-objet, entre inutilité et humour grâce aux formes étrangement familières qu’elles conservent.

Quand elle utilise l’installation, dans laquelle elle monte chorégraphiquement un ensemble de sculptures autonomes, comme Le Cloud (2014) ou Schèlvre (2013), l’artiste se concentre plutôt sur l’ostentation des éléments présentés, en jouant avec le dispositif du display et le langage des mass-médias. Dans La salle des montres (2015) - en français québécois pour indiquer le show room - l’artiste réitère le langage du show room de la foire en utilisant les stratégies du marketing et la production en série ou artisanale des objets-gadgets utilisés pour faire de la publicité, comme des stickers et des casquettes, ou même de ceux des rituels chinois pour le culte des ancêtres trouvés aux marchés aux puces et qui enferment dans des boites des kits d’objets d’utilisation et de consommation quotidienne extrêmement cheap (montres,
chemises, téléphones, bijoux) en tant que produits indispensables pour accompagner le défunt dans sa nouvelle vie, à l’instar des totem primitifs. Châteaux multiplie les objets et prend en compte l’ensemble de l’espace : murs, piédestaux, dioramas, marchandises industrielles, objets d’art, faux, en recréant une espèce de photocall tridimensionnelle dans laquelle la figure humaine est absente et les objets ou les « choses », en tant que produits d’agglomération sociale, sont les vrais protagonistes dépositaires des relations sociales. Ce que l’artiste expose c’est véritablement la coolture de ces objets, leur capacité à
communiquer, leur projection symbolique dans l’univers des médias et leur dimension dans le monde globalisé. Dimension dans laquelle l’art est aujourd’hui inexorablement absorbé et partie prenante, source et produit de consommation comme tous les autres.

*Joshua Simon, Neomaterialism, Sternberg Press, Berlin, 2013, pp.193