SHOW-ROOM 2015

Qingmei YAO
Qingmei YAO

One Hour Occupy Parking Art, 2015
installation
Courtesy Qingmei Yao

Qingmei Yao

Le San Zu Ding et son motif : quelques hypothèses sur l’origine et le développement du signe marteau-faucille, 2013-2015
installation
Courtesy Qingmei Yao

Qingmei Yao

Sculpter un billet de 100 euros, 2014
Installation vidéo
Courtesy Qingmei Yao

La pratique de l’artiste Qingmei Yao (Zhejiang, 1982) vise à la mise en scène caricaturale et comique de la société capitaliste. L’artiste nous sollicite dans le monde réel avec des actions, des interventions dans l’espace urbain dont elle est la protagoniste principale en antithèse avec le contexte, et qui suscitent la curiosité et perturbent le passant, comme le geste de frotter incessamment un billet de 100 euros dans des quartiers parisiens au rang social très différents (Sculpter un billet de 100 euros, 2014) ou chanter le troisième couplet de l’hymne révolutionnaire L’Internationale – qui évoque les « trois idéaux trahis » de la Révolution Française – dans le paradis fiscal de la Principauté de Monaco, avant d’être interrompue par l’arrivée de deux policiers (Le troisième couplet d’Internationale Solo à Monaco, 2012).

À la critique subtile et irrévérencieuse de l’idéologie et du capitalisme global s’ajoute le travestissement. Si dans Invention d’un langage hybride (2011), l’artiste s’obstine dans l’entreprise absurde de créer un langage universel aux limites du credo en créant deux langues aux antipodes comme le français et le chinois à travers un langage phonétique, dans Pré-performance de Mme Ling .V sur l’avenue Montaigne (2013-2014) dans lequel YAO interprète son alter ego Ling – une « nouvelle riche » chinoise, Mme Ling .V, oscillant entre son appartement et une boutique Vuitton - la distance tant idéologique que subjective entre Orient et Occident semble dépassée au nom d’une tendance pathologique à la consommation et d’un statut social partagé.

Dans Recrute mendiant/SDF pour une foire d’art contemporain (2015), Yao réfléchit sur la circulation des richesses au sein d’un contexte de foire et va à la recherche du seul sujet manquant de la manifestation publique: le mendiant/SDF recruté dans les rues de Marseille et rémunéré par un contrat de travail CDD de trois jours pour l’interprétation de son propre rôle. Comme dans un casting, l’artiste-employeur déplace l’espace de recrutement du bureau à la rue tout en engageant un processus de négociation et de sélection des candidats potentiels selon une liste de critères (conduite appropriée au sein d’un espace privatisé) et de conditions (acquisition du statut de comédien/performeur à travers le CDD), tout en tenant compte de la disponibilité de l’aspirant. En créant
le poste du mendiant-employé, l’artiste-employeur nous plonge dans un théâtre du réel tel que chanté dans le prélude de L’Opéra de quat’sous de Brecht : "les mendiants mendient (…)*", les artistes artistisent, les commissaires comisèrent, les galeristes galèrent, les collectionneurs collectent”.

*Bertolt Brecht, L’Opéra de quat’sous, Édition L’Arche, 1997