SHOW-ROOM 2014

Samuel Trenquier
Samuel Trenquier

Le petit Bam-Bam, 2013
gouache, crayon
192 x 150 cm
Vue d'installation ART-O-RAMA 2014
Courtesy de l'artiste

Samuel Trenquier

Missiles, 2013
Bois, papier mâché, objets divers, carton, gouache dimensions variables
Courtesy de l'artiste

Dans la jungle dense et à première vue touffue qui habite ses développements graphiques et sculpturaux, Samuel Trenquier jamais ne se laisse déborder par le trop-plein. La confusion apparente se révèle finalement n’être qu’un piège pour l’œil, tant ses assemblages se montrent maîtrisés et calibrés : la précision de ses compositions d’abord, la sureté du trait ensuite, et des jeux de lignes et de matières dans des mises en scène dynamiques qui nullement ne tiennent de la narration écrite – chacun invente la sienne ! – mais plutôt du flux constant à même de captiver la mobilité de l’œil et de l’esprit une fois entrés dans ces mondes autonomes.

Entre sculpture et dessin, c’est comme une partie de ping-pong qui s’engage, l’un répondant sans cesse à l’autre dans de savants assemblages de formes et de significations sous-jacentes qui toujours prennent pour point d’ancrage une culture lointaine, une coutume oubliée, un voyage au bout du monde… Avec sans cesse pour préoccupation d’approcher ce qui touche au vivant de façon symbolique, sans se départir d’une certaine forme d’exotisme à propos de laquelle l’artiste évoque « une perception aiguë et immédiate d’une incompréhensibilité éternelle », et qui parfois pourra presque approcher le magique.

Il y a en outre quelque chose de l’ordre de l’offrande dans le travail de Samuel Trenquier. Non pas un attachement à un quelconque rituel, mais plutôt une générosité du don à quiconque pénètre dans son œuvre et se retrouvera saisi par un objet ou un détail provenant de cet univers inhabituel. Lors d’un voyage en Amérique du Sud en 2008 furent ainsi abandonnés à des Chekpoints des objets collectés lors de ses pérégrinations et devenus fardeau à transporter, qui furent déposés dans de petites installations puis laissés là. Dans le mystère entourant le travail de l’artiste, il y a aussi celui de la disparition, à travers certaines installations qui ne sont pas toujours transportables ou possibles à réinstaller ailleurs et dont il faut accepter non pas l’éphémère, car là n’est pas l’enjeu qu’elles posent, mais plutôt une fragilité qui impose de les considérer avec une autre attention.

Dans la série Cargo’s cult (2013-2014), avec ces missiles en bois bricolés sur les lesquels s’adjoignent de menus objets, l’artiste s’est intéressé au mimétisme déployé par les aborigènes de Mélanésie lors du second conflit mondial, qui sans avoir nulle idée de l’avancement et du fonctionnement de la technologie occidentale jouèrent de la réplique avec l’espoir qu’elle provoquerait des conséquences identiques à l’emploi de la machinerie américaine et japonaise, en termes de ravitaillement notamment : ou quand la croyance naïve touche presque à une sorte de cannibalisme de l’image.

Frédéric Bonnet