SHOW-ROOM 2014

Jérôme Robbe
Jérôme Robbe

sans titre, 2014
techniques mixtes
4 x 4 m, dimensions variables
Vue d'installation ART-O-RAMA 2014
(avec le soutien d’Alios/Soframap)
Courtesy de l'artiste

Une peinture des possibles. C’est un peu de la sorte que pourrait se définir la pratique de Jérôme Robbe, qui sans relâche remet en jeu l’objet même de son travail afin d’en traquer des opportunités, d’en extirper des occurrences, d’en étudier des éventualités, qui in fine deviendront des réalités. Des réalités picturales s’entend, avec tout ce qu’elles impliquent d’acceptation de l’aléatoire et de l’accidentel dans un processus de recherche jamais figé et, à l’inverse, en mouvement constant.

Car s’il est une tâche à laquelle s’astreint l’artiste, c’est bien la recherche. Non pas la recherche pour la recherche, de chercher pour réduire la peinture à une simple question de processus comme cela est trop vu de nos jours, dans des trajectoires où finalement le résultat semble secondaire en regard de l’acte, et qui bien souvent aboutissent à des créations fort pauvres tant plastiquement que conceptuellement. Car si la recherche assume ici d’être guidée par l’observation, l’accident, voire un défaut volontaire de maîtrise, tout en tentant de se défaire de la problématique du motif, toujours s’appuie-t-elle sur un questionnement initial ou une précédente série et non sur la seule bienveillance de l’expérimentation ou du hasard.

La série de cent tableautins Pony (2011-2013) procède ainsi d’une double problématique relative à la matière et à la lisibilité de l’image. La première qui permet d’élaborer des fonds abstraits et comme dilués grâce à l’usage de techniques et ingrédients contradictoires, ce que l’artiste qualifie volontiers « d’expérience de réduction chimique de la peinture ». La seconde, celle d’un timbre commémorant le Pony Express, service de distribution du courrier apparu en 1860 dans l’ouest américain, qui au fil de l’exécution de la série a progressivement vu l’image se fondre dans le tableau, à force d’épuisement du pochoir qui en a dessiné formes et contours, soit une autre forme de dilution.

Travailler au sol est l’une des autres zones de recherche de Jérome Robbe, depuis une magnifique expérience en 2011 sur la terrasse du Musée national Marc Chagall, à Nice, où un mélange de couleurs industrielles déversées parmi des plaques de marbre récupérées avait fait naître une étrange banquise, dense, colorée, irisée. Un procédé qui impose une insertion physique dans l’œuvre pas seulement pour le peintre mais pour le regardeur également, permettant à tous deux d’échapper au champ du tableau mais pas à celui de la peinture.

Ce que finalement pose l’artiste dans son travail tient pour beaucoup d’un questionnement de la géographie de la peinture, de ses masses et de ses contours, de sa densité et de sa capacité à apparaître ou à disparaître. Qu’elle soit située au sol ou sur les murs, la peinture de Jérôme Robbe revient toujours à expérimenter un territoire, un univers.

Frédéric Bonnet