SHOW-ROOM 2013

John Deneuve
John Deneuve

Série Abomination Florale, 2012
Huile et feutre sur papier
72 x 101 cm
Courtesy de l'artiste

John Deneuve

EDUCATION SEXUELLE

Série de pièces radiophoniques diffusées sur Radio Nova, 2010
2’
10 épisodes

Série de films d´animation de nouveaux épisodes co-réalisés avec Doudouboy pour Arte Creative, 2012
2’
10 épisodes

Coutesy de l'artiste

John Deneuve joue avec les codes et les modes du star system et de la société du spectacle afin de mettre en scène de façon ambiguë, entre parodie et adhésion, son pouvoir de séduction.

Les vecteurs thématiques et opérationnels auxquels elle recourt, souvent dans le hors champ et le rire, mais non sans malaise, sont, de façon récurrente, l’enfance et le sexe.

Son art est un art de collision, un art liminal de dépassement des genres et des barrières convenues. Deneuve nous pose et se pose la question des limites, entre art et non-art, entre bon goût et mauvais goût, entre références codifiées et transgressions assumées. Son art est liminal: toujours sur le fil et à la frontière de différents genres et catégories esthétiques, entre ce que l’on qualifie usuellement d’esthétiquement correct et ce qui ne l’est plus, il est toujours à la limite du basculement.

A l’instar du pseudonyme qu’elle a adopté, John Deneuve brouille les pistes et mixe volontiers ses références. D’ailleurs, quand on l’interroge sur ses repères artistiques, elle cite tour à tour Louise Kusama, Men Motti, Yayoi Bastard, Bruce Bourgeois ou Paul Durham etc…

Sa pratique est polymorphe: installations, pièces sonores, vidéos et dessins se côtoient et coexistent avec une pratique de créations et performances musicales. De l’un à l’autre, dans tous ces différents champs d’expression, se dessine une confrontation assumée entre le monde des adultes et celui de l’enfance. L’infantilisation du premier et la sexualisation du second ne sont que des exemples de la porosité transgressive qui caractérise sa démarche.

Mais l’Unheimlichkeit, « l’Inquiétante Etrangeté » qui se dégage de ses œuvres n’est jamais agressive: d’apparence ludique voire absurde, elle peut dans un premier temps donner l’illusion d’être facilement apprivoisée ou catégorisée. Néanmoins, la simplicité apparente, le caractère direct et parlant des concepts engagés n’en émoussent pas pour autant l’efficacité des propositions.

Un bon exemple de sa façon de procéder est fourni par le "Programme de pré-intégration par le coloriage" un protocole par lequel elle donne à colorier à des enfants les logos de l’A.N.P.E., de la C.P.A.M., de la C.A.F. etc., afin qu’ils se familiarisent et apprivoisent les rouages des administrations auxquelles ils seront confrontés par la suite, à l’âge adulte.

C’est sans doute l’inverse qui se produit dans "Éducation Sexuelle" une série d'animations vidéos commandées par Arte qui adoptent le ton et la forme discursive des leçons destinées aux chères têtes blondes, en abordant des thèmes tels que l'anulingus, le point G, la Golden Shower etc., et ciblant évidemment un public plus adulte. En ligne sur le site d’Arte, les leçons ne sont d’ailleurs accessibles qu’entre 23h et 8h.

Par l’interférence des mondes symboliques et discursifs auxquels elle se réfère, John Deneuve met donc en relation des éléments qui semblent étrangers les uns aux autres (voire parfois inconciliables) afin de questionner les pièges de la pensée unique.

Cette dimension de critique sociétale lato sensu est notamment au rendez-vous dans Aventures Cérébrales, une animation fonctionnant sur le mode des tests d’embauches, dans laquelle le spectateur est invité à mesurer prouver ses capacités professionnelles de leadership et autres en répondant à des injonctions pour le moins déconcertantes et ostensiblement sans aucun rapport avec l’objet de l’investigation.

Assez logiquement John Deneuve recourt également de façon récurrente à une pratique concrète et à une esthétique du travestissement (dans le propos et les intentions), afin de faire ressortir l’ambivalence de ses propositions ou interventions.

Dans Dreams are my reality (référence pour ceux qui s’en souviennent à la chanson emblématique du film La Boum), l’installation proposée pour cette édition du Show Room d’ART-O-RAMA, Deneuve joue en quelque sorte sur une acception à la fois littérale et détournée du concept même de présentation / ex-position / exhibition et de l’intitulé de l’initiative: son Show Room se donne en effet d’emblée comme un espace-boîte capitonné, entre féerique et érotique, un espace désoriénté, à la fois attirant et repoussant, oscillant entre une mise en image (et volume) ostentatoire, partielle et quasi-grotesque du corps et une tentative de sacralisation de ce dernier.

 

Texte Emmanuel Lambion