ARTISTE INVITÉ 2017

Sabrina Belouaar
Sabrina Belouaar

Vue d'exposition à la galerie Gourvennec Ogor, Marseille
"Minimum production Maximum expression", 2015
Courtesy de l'artiste

Sabrina Belouaar

Kardoune, 2014
Pots en Terra cotta, argile, rubans, cheveux
Dimensions variables
Examplaire unique
© Sabrina Belouaar

Sabrina Belouaar

Vue d'exposition au studio W, Pantin
"Remediate the everyday", 2015
Courtesy de l'artiste

Le thème de l’identité comme relation entre racines culturelles différentes, marquées par des tensions entre elles, est au centre de la recherche artistique de Sabrina Belouaar, artiste d’origine franco-algérienne qui privilégie le corps et ses représentations comme moyen d’analyse. Dans les œuvres de Belouaar, il s’agit en particulier de la figure féminine dépeinte sous toute forme de rôles dans la société qui apparaît sous des représentations multiples. Par ses œuvres, l’artiste française dresse une analyse critique sociale et politique, en effleurant ce que Paul Gilroy définissait la double consciousness de la modernité, la superposition d’identités et de racines culturelles différentes qui détermine une sensation de dépaysement de la personne dans sa propre époque.

Mr Bobigny (2016) est une photographie prise par l’artiste dans la périphérie de Paris à Bobigny, une commune alentour où l’immigration est importante et la pauvreté persistante. Le sujet de l’œuvre est un homme noir connu dans la rue par l’artiste, qui se fait appeler Bobigny, habitué à vagabonder dans la ville, les bras et le corps recouverts de chaînes et de cadenas de dimensions différentes. Comme dans un rite apotropaïque, les chaînes sont pour Mr Bobigny un instrument de protection contre tous maux et d’affirmation identitaire. Le malaise psychique et social se transforme ainsi en une forme d’émancipation et de liberté, une manifestation de maîtrise de soi avec laquelle traverser le monde et ses dangers.

Untitled (2015) met en avant le thème de la représentation de soi dans un cadre public, évoquant à l’aide d’une image métaphorique le rôle ambivalent de la féminité au fil de la modernité qui avance. La pureté d’une fleur associée à la royauté et à la majesté est ainsi mise en opposition avec un élément plus profane qu’est la peau de chèvre. Puisée dans les souvenirs d’enfance de l’artiste comme évoquant un récipient pour conserver l’eau au frais en Algérie, la peau évoque également la pratique de marquer les concubines et les esclaves comme du bétail de la part des maîtres, pour en établir la propriété au cours de la modernité européenne. En mettant en continuité le lys et la peau de chèvre, Belouaar créé une tension entre ces deux éléments, entre l’odeur de l’animal mort et le parfum du lys, leur donnée factuelle et leur usage symbolique. Ce qui demeure de l’opposition de ces deux éléments est la dénonciation d’une manipulation de la féminité, son appropriation en tant qu’objet de possession de la part de la culture masculine par le biais de sa contrainte par des codes de violence et de vexation.

Texte de Luigi Fassi

Sabrina Belouaar • collection ART-O-RAMA • août 2017